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CHRONIQUE par Redemption Isaac (Acte 2)

 

(Suite)- Qui suis-je ? Pourquoi suis-je devenu ce que je suis, ce que j’ai fui et combattu, un être de la nuit ? Survolant la région de Diourbel, moi Sangomar le hibou me posais et m’opposais ces questions. Je ne savais toujours et je voulais savoir. Je ne voulais pas demander au Seigneur. Je ne lui ferai pas ce plaisir, lui qui m’a arraché du rêve pour me plonger dans ce cauchemar. Je vais demander à mes semblables. Non, pardon du pêché être humain, à mes ex-semblables, les hommes. Moi hibou, me parleront-ils ? Me raconteront-ils mon histoire ? Je ne savais pas. Diourbel, ville que j’ai toujours aimé, vas-tu me donner des ou quelques réponses ?
J’avais soif, très soif même. Cela faisait déjà trois jours que je volais, trois jours que de défiais les rayons solaires (vous ne faîtes pas peur à mes yeux, je suis unique dans mon genre !). J’aperçus une maison, avec une construction très simple et, chance suprême, un pot contenant de l’eau était abandonné sur l’une des fenêtres. Je me suis noyé dans le pot, tout bu, jusqu’à la dernière goutte. Regardant le ciel, j’aperçus un aigle royal. J’arrache pour lui une plume, la lui tend et lui dit:
- «Merci Seigneur ! ».
À son tour, il arrache une de ses griffes, le lançant fort vers moi, après s’être élancé dans le ciel :
- «Tu vas vivre, Sangomar homme ! »
Pourquoi n’a t-il pas dit «Sangomar hibou», mon vrai nom, ma mutation, ma transformation, le futur qui a fait mentir mon passé d’homme ? Je commençais à me poser ces questions, à avoir de l’espoir lorsque de la fenêtre où je me trouvais, j’aperçus une fille. Jeune, belle, avec de généreux formes, mais triste. Les larmes avaient fait de son visage une rivière sur laquelle voguaient les sanglots de la vraie tristesse. Elle s’approcha de la chaîne à musique qui se trouvait près d’un petit lit. Cette musique ? Mon passé d’homme le connaissait, l’aimait. Il s’agit de «More than a Woman » de Alyah, assassinée par l’Autre que je ne veux pas nommer. Une jeune chanteuse pleine de talent que l’Autre a privé à l’humanité, à ses fans, préférant être le seul à écouter les hoquets de sa voie mielleuse. Ne se doutant guère que je l’étudiais, la perçait, la fille, regardant un miroir situé au fond de la chambre, se confiait à la projection orthogonale de son image. De ses confidences, il ressort ceci : elle s’était fiancée avec son amour de jeunesse, un certain Babacar. Appelé par la patrie, l’amour de la fille que j’avais baptisée Sira (un amour d’enfance) sans connaître son nom, s’était engagé dans l’armée. Il est revenu, par un jour de pluie, dans une maudite caisse, le corps criblé de balle, la tête séparée du reste du corps. Il n’était pas un «dormeur du Val» mais une «boucherie du Val ».
Je comprenais Sira, je savais pourquoi elle pleurait, pourquoi elle tournait sur elle-même, se niait dans l’espace, pourquoi elle regardait le miroir. Son histoire me toucha, moi, prince de Mina. Avec mon aile droite, j’ouvris la fenêtre pour lui présenter mes condoléances, lui témoigner mon soutien-amitié, la réconforter. Je fais d’abord entrer ma patte gauche, puis la droite, puis mon cou déplumé. Sira se retourna. J’ouvre le bec pour lui présenter mes condoléances :
- «Il te manque c’est vrai, mon bébé. Elle aussi me manque. Je te présente mes condoléances, te présente… ».
Avant même que je ne termine ma phrase, Sira regarda, apeurée, mon visage sans nom, puis horrifié par mes yeux (mon œil et mon trou) , elle cria. Cria si fort que le miroir se cassa, que l’aigle royal qui était dans le ciel se boucha les oreilles, que la chaîne à musique vola en éclats. Son père entra dans la chambre, fusil à la main. Sa fille me désignait : j’étais son horreur. Sans viser, le père tire vers la fenêtre. Des dernières acrobaties que j’ai apprises, seul sur un baobab, je saute de la fenêtre, entre dans la chambre, puis, dans un dernier élan sort par un trou qui se trouvait dans le… plafond, je crois.
Seul, je me rendis compte de l’évidence : je faisais peur aux hommes, je symbolisais l’Horreur, le Vilain. Les yeux fermés dans le ciel, je crie pour protester contre mon châtiment. Crie fort avec moi lecteur ! Je n’en peux plus, je ne suis plus. Pour résumer mes souffrances, je me suis posé sur un arbre. Pris dans mon bec une corde que je mis autour de mon coup et me laissais tomber. Il fallait que je meure pour que les amours vivent ! À quelques minutes du grand départ, je sentais une main sous mes pattes. Faible je n’ai eu le temps que de capter cette sentence :
- «Tu ne dois pas partir hibou, tu peux toujours te sauver et la sauver ».
Qui parlait ? Alors que je penchais le cou pour identifier le musicien de cette voix, mes yeux se fermèrent. Pour de bon ?
Au clair de ma lune, je pense à mon ami Khalifa. Un compagnon de misère (au temps où j’étais homme) qui n’a pas pu survivre aux attaques de la Vie. C’est vrai que chaque fois que je fermais mes yeux, je voyais Khalifa me sourire et me répéter sans cesse qu’un jour, je serais un héros. C’est vrai qu’il aimait blaguer ! Moi hibou, héros ? Avant de trouver la réponse à cette question cruciale pour l’humanité, plongé dans le néant, mon œil droit s’ouvre. Puis mon trou gauche, j’avais mal au cou. J’étais couché sur un lit ! Non, je réclame mon nid, je ne suis pas un être humain, criais-je en direction de la face beautiful qui me regardait. C’était une jeune fille, environ 17 ans.
–Salut, héros ! me dit- elle.
-Non, salut le hibou avec respect ! Qui est tu ?
-Je me nomme Penda et voici mon histoire. S’il te plaît hibou, arrache encore une plume pour essuyer tes larmes car tu vas pleurer.
-Le prince de Mina ne pleure jamais, ses pleurs sont des ricanements cyniques ou sanglants, ravissants, des tremblements de terre, d’eau et de feu. Accouches «my boy» et laisse moi continuer mon rêve.
- Penda, je me nomme. Tornade, je suis devenue. Sangomar, tu peux encore sauver Mina. Oui, tu peux la sauver. J’ai discuté avec un phœnix, ami depuis mon enfance. Il a effectué le voyage en enfer et il est revenu les ailes carbonisées. Il va s’en remettre. Ne t’en fais pas, il se régénère tout le temps. Le phœnix m’a dit qu’il a rencontré Mina. Ta princesse. Elle lui a transmis un message pour toi, un message gravé sur le métal.
Mina ! Qu’est ce qu’ils t’ont fait ? Subitement lucide, les plumes dressées, angoissées, le bec menaçant, je demande à la parole véridique ou est ce que se trouvait l’oiseau de feu, l’oiseau renaissance. Elle me montrera un autre lit, au fond de la chambre. Je me lève, virevolte et me trouve sur le lit d’infortune où était couché le phœnix.
- Bonsoir, Dieu
- Bonsoir, Sangomar-Homme, me répond t-il avant de toussoter, crachant du feu qui me brûla les plumes se trouvant au bout de ma patte gauche.
- C’est vrai, Seigneur renaissant que tu as a rencontré mon amour maudit ?
- Oui, j’ai rencontré ton amour divin ! Ton amour n’est pas maudit, crois- moi Homme .
- Non-hibou !
- Homme, je persiste Sangomar ! Je persiste.
- Qu’est ce qu’elle t’a dit ?
Fouillant dans son plumage noirci par le feu, le phœnix sort une note gravée sur du fer. Penda disait vrai. Il me la tend et dit :
-Elle m’a supplié de te donner ce message, lis et fais ce que tu dois faire.
- Seigneur, lisez ! Vous êtes le messager et le message !
Le phœnix déplia le métal, me regarde, tout triste, puis lit :
- «…Je ne sais pas si c’est le jour ou la nuit. Je n’ai pas le temps ni du temps, prince. Tu me manques tant ! Ils m’ont eu, tu dois me sauver, sauver l’amour. Tu le peux, tu l’as déjà démontré en posant le couteau sur ma gorge. Tu es le sauveur, mon sauveur. Puisse le phœnix affronter le feu et te remettre cette note qui a suscité mon espoir, qui m’a donné envie de résister ici haut et de penser à toi qui te trouves en bas. Ta Mina, ta Rose vénérée ».
Terminant sa lecture, le phœnix se lève, hoquette puis de toutes ses forces brisa en deux la missive en métal avant de s’écrier comme un chien qui jouit :
-Allons-y, il faut sauver l’amour
(A suivre)

 

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